Au cœur du Berry, dans l’Indre, le château de Valençay conjugue héritage médiéval, architecture Renaissance et souvenir de Talleyrand. Un monument d’exception qui traverse les siècles sans perdre de son élégance.

Des fondations médiévales à la Renaissance

Château de la Loire égaré en terres berrichonnes, le château de Valençay actuel résulte de considérables travaux effectués au début de la Renaissance sur des bases médiévales. Comme le château de Chambord, il témoigne du renouveau architectural du XVIᵉ siècle, mêlant influences françaises et italiennes.

Construit à l’extrémité d’un plateau, le château surplombe au sud la vallée du Nahon. L’aile nord, particulièrement imposante, dominée par un énorme pavillon d’entrée, s’articule en deux parties dissymétriques : à gauche un bâtiment inachevé et remanié, terminé par une petite tour, à droite un corps de galeries à deux niveaux lié à une puissante tour d’angle.

En contraste, l’aile ouest affirme une ordonnance parfaitement régulière, rythmée de pilastres superposés. Elle est pareillement cantonnée d’une tour, similaire à celle de la face nord en apparence, alors que ce qui semble constituer un chemin de ronde médiéval est la réunion de consoles Louis XVI. Du côté de la cour, les pièces d’habitation de l’aile ouest sont bordées de galeries. Cette aile ouest, cantonnée d’une tour d’impression médiévale alors que les supports de son chemin de ronde attestent un surprenant style Louis XVI, s’anime d’un ordre ionique colossal : elle date à l’évidence de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

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Des transformations au fil des siècles

Cette analyse s’appuie sur un précieux document. En effet, un dessin de 1705 montre que le château possédait alors une aile est, que la cour était close au sud par une série d’arcades et que la tour sud-ouest n’existait pas.

La construction de cette tour et celle de la façade à ordre ionique, la transformation du toit de l’aile ouest et de ses lucarnes, la destruction des arcades sud et de l’aile est doivent donc être attribuées à Legendre de Villemorien, fermier général qui acquiert Valençay en 1767. En donnant au château sa physionomie définitive, il a poursuivi deux objectifs : extérieurement, il achève l’aile ouest en respectant son style originel, introduisant toutefois des consoles modernes ; sur la cour, au contraire, il crée une composition monumentale et ouvre l’espace sur le paysage.

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Une architecture entre tradition et modernité

La puissante tour d’angle nord-ouest date pour l’essentiel des années 1520-1530, hypothèse cohérente depuis la découverte de deux plafonds à caissons, en faisant l’élément le plus ancien du château. En revanche, son dôme à l’impérial ne peut être antérieur à 1540-1550, ce qui s’explique par l’interruption ou le ralentissement considérable du chantier avec la mort de Louis d’Étampes en 1530.

L’aile ouest, par son manque d’homogénéité, nous éclaire sur les avancements du chantier : sa moitié nord est contemporaine de la tour, sa moitié sud date du XVIIe siècle. Il faut un œil attentif pour le comprendre, car si Dominique d’Estampes a souhaité copier l’ordonnance du XVIe siècle, les sculpteurs n’ont pas su reproduire les chapiteaux du début du XVIe siècle.

Pareillement, l’aile nord n’a pas été édifiée à partir de la tour d’angle. Étonnamment, si les deux travées qui en sont les plus proches lui sont contemporaines, ensuite, un raccord net nous fait la confidence que le reste du corps de logis a été bâti à partir du pavillon d’entrée, déjà existant. Or, celui-ci est postérieur d’une cinquantaine d’années à la tour nord-ouest et aux parties qui lui sont liées. Le souci de Jean d’Étampes de se conformer autant que faire se peut aux dispositions préexistantes permet d’expliquer les étrangetés stylistiques de la façade sur cour de l’aile nord. Cela invite également à comprendre les dispositions de l’aile ouest : une galerie ouverte en rez-de-chaussée, au-dessus des pilastres Première Renaissance, une superbe frise à balustres. Une telle disposition, fort originale, évoque indubitablement l’aile Louis XII du château de Blois.

Si la demeure est alors incontestablement l’une des plus élégantes de son temps, le goût du XVIIIe siècle ne pouvait que la trouver désuète. Reste que toutes les parties élevées à partir de la fin du XVIe siècle ont respecté, jusque sous Louis XVI, le bâtiment initial, ce qui fait de Valençay un surprenant mélange de styles.

L’héritage de Talleyrand

Tel est le château dont fait l’acquisition Talleyrand en 1803. Le superbe mobilier Empire, le souvenir toujours vivant de l’homme d’État, d’Église et grand diplomate, ne doivent donc pas faire oublier que le majestueux château résulte de l’œuvre de ses prédécesseurs et en premier lieu de la famille d’Estampes. De cet immense château, conçu comme un bijou au cœur de son écrin de jardins, Mademoiselle de Montpensier décrivait en 1653 « un corps de logis magnifique, le degré y est très beau et l’on y arrive par une galerie à arcades qui a du magnifique ».

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