Le 28 août 1939, à six heures du matin, commence le plus grand déménagement de l’Histoire. En application du plan de protection des collections nationales, élaboré dans le contexte de tensions internationales des années 1930, 5 446 caisses contenant les plus beaux chefs-d’œuvre du Musée du Louvre quittent la capitale à bord de 199 camions à destination de onze dépôts répartis dans toute la France. De nombreux autres sites tels que Valençay (Indre), Fougères-sur-Bièvre ou Cheverny ont été identifiés et préparés dans les années 30. Loin des villes et des voies de circulation, ils sont, en théorie, à l’abri des bombardements. Les autres intérêts de ces dépôts tiennent aux volumes des salles disponibles, aux largeurs de leurs ouvertures permettant la manipulation d’œuvres aussi imposantes que la Victoire de Samothrace ou la Vénus de Milo.
Chambord accueille des trésors tels que Marie-Antoinette à la rose d’Élisabeth Vigée Le Brun, La Dame à la licorne, Apollon vainqueur du serpent Python d’Eugène Delacroix ou Madame de Pompadour de Quentin de La Tour. Mais toutes les attentions convergent vers La Joconde.

Cache-cache avec les nazis
Le chef-d’œuvre de Léonard de Vinci ne fait qu’une brève halte dans le château que le maître italien aurait conçu. Le tableau est dirigé dès novembre vers Souvigny. Menacé par l’avancée allemande de juin 1940, il est transféré dans l’Aveyron, puis à Montauban avant d’être caché au château de Montal dans le Lot. Les pérégrinations de La Joconde marquent le désir de soustraire le célèbre tableau aux appétits de l’occupant.
Le régime hitlérien applique dans l’art les mêmes processus de destruction et de promotion qu’il prescrit au genre humain. « L’art dégénéré » est ainsi stigmatisé et marginalisé. Les œuvres des artistes considérés comme Juifs, engagés politiquement à gauche ou porteurs d’une des esthétiques novatrices de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle sont vouées aux gémonies ou cyniquement revendues pour acquérir des créations jugées supérieures, car la politique artistique nazie ne se limite pas à ses pratiques iconoclastes.
En 1939, Hitler conçoit le Sonderauftrag Linz, un projet pharaonique se donnant pour but de créer le plus grand musée du Monde en collectant des œuvres d’art sur tout le continent. Ventes forcées, vols dans des musées et spoliations de propriétaires considérés comme Juifs sont de règle dans toute la zone de domination nazie.
Restituer les œuvres spoliées
On estime que près de 100 000 œuvres d’art furent transférées de France en Allemagne pendant l’Occupation. À la Libération, une commission de récupération artistique fut mise en place pour tenter de rapatrier un maximum de ces biens culturels et les rendre à leurs légitimes propriétaires. La tâche s’avéra difficile. Savamment cachées par des collectionneurs privés ou ensevelies sous les gravats de sites bombardés, comme le célèbre Casseurs de pierres, de Gustave Courbet exposé à la Galerie Neue Meister de Dresde, certaines œuvres disparurent corps et biens.
Les Central Collecting Points des Alliés retrouvèrent des milliers d’œuvres, mais chaque centre avait son propre système d’étiquetage, de dénomination. Ainsi quinze tableaux de facture impressionniste furent 13 nommés « Paysage de Monet » ! Problème de désignation, documentation éparse et peu explicite, historiques confus, difficilement identifiables ou détruits, les parcours de nombreuses œuvres restent imprécis ou impossibles à retracer. Malgré ces difficultés, 45 000 des 61 000 œuvres récupérées furent remises à leur propriétaire ou leurs ayants droit. Les 16 000 non restituables furent, pour la plupart, vendues par le Domaine à partir de 1949, mais 983 tableaux, présentant une valeur artistique remarquable, furent classés « Musées nationaux récupération » (MNR).
La direction des Musées de France demeure le détenteur de ces œuvres, mais contrairement aux collections nationales, dont le contenu est inaliénable, un détenteur provisoire. Son objectif reste la restitution de ces biens aux ayants droit des propriétaires légaux. Afin de faciliter sa démarche, la direction des Musées de France a réparti les 963 tableaux dans les musées français où ils doivent être visibles par le public. En 1996, un catalogue complet des MNR a été établi et rendu public sur Internet.













