Curiosité architecturale
Les clochers-murs sont l’une des grandes curiosités architecturales de Haute-Garonne. Sur ce territoire, on en dénombre près de 130, soit 10 % des 1 300 recensés sur la France entière. Ces clochers-murs, appelés aussi clochers-arcades dans certaines régions, se dressent au-dessus des façades ou des pignons des églises. Ils abritent un nombre de baies ou alvéoles campanaires – du nom latin campana signifiant cloche – qui varie selon les villages. On en compte deux pour les plus petites églises et jusqu’à onze – record absolu – dans la commune de Molandier, dans le département voisin de l’Aude, où se prolonge le Lauragais. Cette région agricole se distingue par un grand nombre de clochers-murs.

Ces clochers-murs peuvent avoir deux formes : en pignon avec la pointe qui s’élève en triangle vers les cieux (comme c’est le cas pour 90 % d’entre eux dans le département) ou rectangulaire. Les cloches sont disposées sur une ou plusieurs rangées, selon leur nombre. Le plus souvent, la porte de l’église n’est pas percée dans ce pignon pourtant situé en façade pour ne pas affaiblir le mur qui doit supporter les cloches. On y pénètre donc par une porte latérale. Cependant, dans quelques églises plus imposantes (Baziège, Montgeard et Villenouvelle), la porte est percée dans une puissante façade surmontée du clocher-mur.
Dans les plus petites églises, trois baies accueillent généralement les cloches. Or, on trouve majoritairement en Haute-Garonne des clochers à cinq baies, qui se répartissent en deux rangées de trois puis deux baies. Quelques rares églises sont dotées de six baies, comme à Caignac, Miremont, Montclard, Tournefeuille. La basilique Notre-Dame du Taur de Toulouse, située dans la rue du Taur qui relie la basilique Saint-Sernin à la place du Capitole, en fait aussi partie. Les baies sont réparties soit en deux rangées de trois baies, soit en trois rangées de trois, deux puis une dernière baie au faîte du pignon.
La basilique Notre-Dame du Taur est l’un des plus beaux exemples de clochers-murs. Construite entre les XIVe et XVIe siècles, elle est l’un des principaux monuments de l’art gothique méridional qui s’insère parfaitement dans la ville environnante, avec sa façade en brique rouge surmontée de ce clocher-mur imposant. Cela fit dire à certains historiens que les Toulousains avaient senti, à la suite des Romains, « toute la majesté de hautes murailles au caractère dominateur ».

Une réalité économique et historique
Pour expliquer la présence nombreuse de ce type d’édifice dans les environs de Toulouse et dans le Lauragais en particulier, on avance des motifs économiques. En effet, surmonter l’église d’un mur, même garni de cloches, était la solution la plus facile et la moins onéreuse pour se distinguer dans la plaine vallonnée du Lauragais. On le comprend d’autant plus aisément que les villages se situent majoritairement au sommet des petits monts qui caractérisent cette région. On trouve moins de clochers-murs dans la vallée de la Garonne au sud-ouest et plus du tout sur les contreforts pyrénéens.
La grande majorité de ces clochers-murs datent des XVe et XVIe siècles, à une époque où l’on reconstruisait les églises après les guerres de Religion. On imagine que la plaine du Lauragais, ouverte et naturellement moins protégée, a sans doute connu davantage de destructions et donc de reconstructions à la période gothique. En suivant le même raisonnement, on expliquerait aussi que les édifices les plus anciens situés aux confins pyrénéens, moins exposés aux détériorations, n’aient pas eu besoin d’être remplacés par des clochers-murs.

Lire aussi : Les bastides de Haute-Garonne











