Un lieu attractif préservé
Fondée au début du Ve siècle par saint Honorat, l’abbaye de Lérins est l’unique monastère insulaire tardo-antique encore actif en Occident. Elle est aussi l’un des plus anciens établissements bénédictins. Au Moyen Âge, « l’île sainte » connaît un apogée spirituel et culturel ; l’église abbatiale est d’ailleurs consacrée en 1088. L’histoire lérinoise est notamment connue par des centaines de chartes rédigées entre le IXe et le XVIIIe siècle. Sécularisée en 1788, elle est vendue en 1791 comme bien national, puis est rachetée par Joseph-Antoine-Henri Jordany, évêque de Fréjus-Toulon (1855-1876) en 1859. Dix ans plus tard, des moines cisterciens de l’abbaye de Sénanque l’investissent et reconstruisent ses bâtiments.
Saint-Honorat est aujourd’hui la maison-mère de la Congrégation des Cisterciens de l’Immaculée Conception, qui rassemble sept monastères. Les quelque vingt moines lérinois suivent trois principes bénédictins essentiels : la prière, le travail et l’accueil, maintenant un équilibre entre la solitude monastique et la vie dans le monde. L’hôtellerie de l’abbaye reçoit des croyants lors de retraites spirituelles.

Depuis 2010, le Festival de Silence permet à des personnalités du Festival de Cannes de se ressourcer sur l’île. L’activité économique de l’abbaye, d’abord viticole, assure sa survie : chaque année, les moines produisent plus de 30 000 bouteilles de vin issus de leurs huit hectares de vignes, ainsi qu’environ 9 000 bouteilles de liqueurs et d’huiles d’olive. Un jour par mois, ils font découvrir leur production agricole à un public nombreux.
L’île attire en effet des milliers de touristes venus visiter l’abbaye, randonner ou pratiquer la plongée. Cet afflux rend indispensable la protection d’un cadre naturel classé Natura 2000, en raison de ses magnifiques plages, criques et pinèdes, ainsi que de sa faune et de sa flore. Les promeneurs sont invités à ne laisser aucun déchet.

Un monastère fortifié
Saint-Honorat est un lieu à la fois monastique et militaire. Le cloître médiéval disparu daterait du XIIe ou du XIIIe siècle. Sept chapelles anciennes sont conservées, dont celle de la Trinité et celle de Saint-Sauveur, classées en 1886 au titre des monuments historiques. La seconde a été restaurée au XXe siècle à l’instar des chapelles Saint-Caprais, Saint-Pierre et Saint-Cyprien. Ces sites religieux coexistent avec des structures défensives. En effet, non loin de la tour-monastère, deux fours à boulets ont été installés en 1793 ou 1794 sur l’ordre du général Bonaparte, servant à incendier les navires ennemis.
Probablement sous l’abbatiat d’Aldebert II (1088-1103), les attaques sarrasines motivent l’érection d’une tour refuge quadrangulaire sur une avancée rocheuse cernée par la mer. Aux XIIe et XIIIe siècles, un bâtiment résidentiel est ajouté. De la fin du XIVe siècle à 1788, les moines s’installent dans la tour qui est dotée de deux cloîtres superposés, d’un réfectoire, de cellules monastiques, d’une citerne et de chapelles. Au XVIIe siècle, une garnison française protège le site.
Haute de 25 m, la tour-monastère de Lérins est atypique. Rénovée par Eugène Viollet-le-Duc, elle fut classée en 1840 au titre des monuments historiques. Une nouvelle restauration a débuté en 2020. En plus des financements de l’État, de la ville de Cannes et de la Fondation du patrimoine, la famille princière de Monaco collecte des dons privés. En hommage à son ancêtre Augustin Grimaldi, abbé de Lérins vers 1500, le prince Albert II a parrainé en septembre 2024 une nouvelle cloche. Un tel soutien pourrait favoriser l’inscription de la tour au Patrimoine mondial de l’UNESCO (à l’étude depuis 2022).

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