Un décor de théâtre
L’hôtel de ville et son beffroi — classé au Patrimoine mondial de l’Unesco — veillent sur elles avec majesté. On peut y monter et embrasser d’un seul regard, à 75 mètres de hauteur, l’immensité des plaines d’Artois. Redescendre ensuite, c’est s’offrir un autre voyage, souterrain cette fois, au cœur des Bôves.
À quelques mètres sous terre, ces carrières de craie servirent à bâtir la ville avant de devenir, bien plus tard, le refuge des soldats de la Première Guerre mondiale et des habitants pendant la Seconde.

155 façades, une seule harmonie
Ce qui frappe ici, c’est l’enfilade des 155 façades baroques flamandes, toutes classées aux Monuments historiques. Un alignement parfait, mais où chaque maison affirme sa personnalité. Pignons à volutes, colonnes sculptées, pinacles flamboyants : pas une ne ressemble à sa voisine, et pourtant toutes dialoguent dans une même élégance. La Première Guerre mondiale avait presque réduit cet ensemble à néant, mais la fidélité des reconstructions du XXe siècle a rendu à Arras son visage originel.
La Grand’Place, vaste et ouverte, porte encore l’âme des marchés du Moyen Âge. C’est ici qu’affluaient draps, épices et denrées venus de toutes les contrées voisines. La plus ancienne maison de la ville, « Les Trois Luppars » (1467), s’y dresse toujours, reconnaissable à son pignon en escalier dit « à pas de moineaux ». Les enseignes sculptées — gerbes de blé, paniers de fruits, étoiles de brasseurs — témoignent de cette prospérité marchande, comme des échos d’un âge d’or.

Le cœur battant des Arrageois
La Place des Héros, plus resserrée, est bordée d’arcades accueillantes. Jadis appelée Place du Petit-Marché, elle porte aujourd’hui le nom des résistants de la Seconde Guerre mondiale. C’est une agora festive, presque un village dans la ville. Chaque semaine, les deux places s’animent grâce au marché hebdomadaire, qui fait partie des plus beaux de France.
Les producteurs du pays d’Artois perpétuent ici une tradition séculaire : celle d’une ville commerçante, généreuse et vivante. Et lorsque les étals se replient, le charme demeure. On s’attarde en terrasse, on flâne sous les arcades, on découvre des caves voûtées où déjeuner. Le carillon du beffroi rythme les heures, rappelant que le temps passe, mais que les places, elles, continuent d’offrir aux Arrageois et à leurs visiteurs une dolce vita, à la fois populaire et raffinée.

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