L’abbaye Notre-Dame de La Grainetière a été fondée vers 1130 par des moines bénédictins. Situé aux Herbiers, ce haut-lieu religieux a su traverser les époques et les guerres pour devenir le seul monument de la ville à être classé Monument historique (depuis 1946). Zoom sur l’unique abbaye médiévale vendéenne encore occupée par des moines !

La construction de l’abbaye bénédictine

L’histoire de l’abbaye de La Grainetière débute aux alentours de 1130. Les premières pierres ont été posées à partir d’un emplacement concédé par Gilbert de La Chaize, seigneur du lieu, à Guillaume de Conchamps, abbé de Fontdouce en Saintonge. Mais c’est le second abbé de Fontdouce qui érige définitivement l’abbaye, baptisée Notre-Dame, en 1137. À la fin du XIIe siècle, ce sont des constructions d’une plus grande ampleur qui démarrent à l’abbaye, sous l’impulsion de Géraud de Salles, fils de Foulques, seigneur de Salles. L’abbaye de La Grainetière devient alors la source de toutes les convoitises pour son art roman unique en Vendée. La galerie de cloître, la porte de la salle capitulaire et les vestiges de l’église témoignent de la qualité de sa construction. La salle capitulaire est reprise au XIVe siècle sous l’inspiration architecturale de l’art gothique rayonnant.

 

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Un monument détérioré

En 1467, la vie à La Grainetière devient morose et les problèmes commencent avec l’arrivée de l’ère des abbés commendataires. Ces derniers ne sont plus élus par les moines, mais nommés par le roi. Les nouveaux abbés n’habitent pas sur place et sont pour la plupart des bénéficiaires abusifs de l’abbaye qui prélèvent l’essentiel des revenus. De plus, La Grainetière subira de plein fouet les nombreux conflits successifs : la guerre de Cent Ans, les guerres de religion, et la Guerre de Vendée…

 

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Le monastère finit par être vendu comme Bien national au moment de la Révolution française et perd la majeure partie de ses archives. Privée de sa vocation spirituelle, l’abbaye est utilisée comme carrière de pierres et comme ferme agricole, pendant deux siècles. Pour ne rien arranger, au XIXe siècle, alors que les guerres sont terminées, une grande partie des pierres de l’église abbatiale sont utilisées afin de construire des maisons aux alentours. Mais l’acquisition de tous les bâtiments en 1907, par la famille Pilastre, d’origine protestante, permet le sauvetage de l’abbaye et sonne officiellement la fin des destructions et du pillage de l’édifice. Le monument est classé aux Monuments historiques en 1946 à l’initiative de Madame de Chabot, conseillère générale de la Vendée.

Sauver, restaurer et conserver

L’abbaye change de propriétaire en 1963 et signe son renouveau. Elle est rachetée par la Société civile immobilière (SCI) de La Grainetière, à l’initiative de Pierre Chatry, père de l’actuel président de l’association, Jean Chatry. Aujourd’hui, l’abbaye appartient à une association à but non lucratif à la suite du don que lui en a fait la SCI. En 1978, le monastère reprend son rôle primitif, la SCI de La Grainetière décide de mettre l’abbaye à disposition de la Congrégation Notre-Dame d’Espérance de Croixrault, en Picardie.

 

 

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Cette congrégation vit selon la règle bénédictine adaptée pour accueillir des moines malades ou handicapés, suivis tous les jours de l’année par une infirmière qui vient les rencontrer à l’abbaye. Aujourd’hui, ils sont douze moines à vivre en communauté à La Grainetière. Les religieux s’occupent de faire visiter l’abbaye, font du jardinage et tiennent la boutique du monument, en plus de leurs multiples temps de prières. D’ailleurs, un projet de longue haleine est en cours à l’abbaye de La Grainetière. En effet, d’ici 2030, l’année de ses 900 bougies, elle devrait être largement reconstruite : « Les parties détruites de l’abbaye sont les trois galeries de cloître absentes, les deux tiers du réfectoire et une bonne moitié de l’église abbatiale », informe Jean Chatry.

Venir en aide, une nécessité

Depuis toujours, les moines viennent en aide aux plus démunis. Dans une dépendance, les moines ont aménagé une chambre et une douche pour les personnes dans le besoin qui voudraient s’y ressourcer le temps d’une nuit.

Le saviez-vous ? Toute personne qui vient sonner à l’abbaye et qui demande à manger ressort toujours avec au minimum un sandwich. D’ailleurs, à travers les murs en pierre, on distingue une petite ouverture qui était autrefois destinée à communiquer avec l’extérieur pour donner à manger aux plus pauvres. L’ouverture n’était pas très grande afin que les moines se protègent des mendiants malveillants.

 

 

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Le repas en silence

Temps de prière, tâches quotidiennes ou encore visites de l’abbaye : les moines de La Grainetière ont des journées bien remplies. Lors du repas, c’est l’occasion pour eux de se poser et de se ressourcer. La première partie du repas est synonyme de silence et ils n’ont pas le droit d’échanger entre eux, sauf le moine lecteur qui est désigné pour lire des passages de livres religieux ou informer ses confrères des informations du jour.

 

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