À Vallée-de-Ronsard, le château de la Possonnière offre un étonnant voyage aux origines de la Renaissance française. C’est dans ce décor raffiné, entre sculptures, devises et forêt de Gâtine, que naquit Pierre de Ronsard en 1524.

En bordure de la forêt de Gâtine, un élégant manoir au corps de logis rectangulaire de style Renaissance italienne est l’un des premiers édifices à annoncer la Renaissance française. Bâti dans cette forme par Loys de Ronsard vers 1515, dans ce village de Couture-sur-Loire qui deviendra Vallée-de-Ronsard après sa fusion avec la commune de Tréhet, bien plus tard, en 2019, il succède au site troglodytique que possédait son père.

©Wikimédias Commons

L’épicurisme en héritage

Loys de Ronsard donne à son château tous les signes de ces temps nouveaux. Des pièces troglodytes, il fait des communs qu’il fait orner de décors sculptés et agrémente le château de formules significatives de ses choix éthiques, comme de l’époque.

Au-dessus de son buste, sur le linteau de la porte de la tourelle d’escalier, une maxime résume ses inclinations : « voluptati et gratis » (« À la volupté et aux grâces »). Une autre, « Avant partir », surenchérit et invite à profiter des plaisirs de la vie avant de mourir. Une formule qui n’est pas sans rappeler celle que son fils composera plus tard : « Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie… ». Mais une autre encore, tempère : « Domine conserva me » (« Dieu protège moi »), auquel le divin répond : « Respice finem » (« Pense à ta fin »)…

©Wikimédias Commons

Les armes de la famille y sont également représentées, sous la forme de trois poissons qui pourraient semer la confusion sur l’origine du toponyme. La Possonnière tire en effet son nom de « posson », qui désignait jadis une petite pesée de céréales, et non du fretin. Ces poissons sont en fait des rosses, nom vernaculaire du gardon, qui rappellent la première orthographe du nom Rossardt. Une autre sculpture, un rébus, illustre cette origine du patronyme, en représentant des ronces aux pieds desquelles dansent des flammes, c’est-à-dire des ronces ar… dentes. La dernière syllabe reproduisant approximativement la prononciation de « dt », à l’époque. L’intérieur également fait la part belle aux décors sculptés.

©Noelline Peltier

Au rez-de-chaussée, sur une cheminée d’origine, quoiqu’un peu modifiée lors d’une restauration au XIXe siècle, des fleurs de lys rappellent la fidélité au roi du maître des lieux, et une armure au style antique, sa qualité de chevalier. Un homme de guerre toutefois attaché à la poésie et aux arts, comme en attestent les guiternes et les luths.

C’est dans cet environnement que naquit Pierre de Ronsard en 1524, qui ne connaîtra son père qu’à l’âge de six ans, quand Loys de Ronsard reviendra d’Espagne, où il fut chargé de veiller par François 1er sur ses enfants, otages de Charles Quint. Le poète ne manquera pas de rendre souvent hommage, dans ses vers, à la forêt de Gâtine, jadis entretenue par son aïeul, et dont les chants des oiseaux s’ajoutèrent sans doute aux sources de sa vocation. Il n’aurait certainement pas renié le jardin, aménagé en 2020, où un labyrinthe et des potagers côtoient, sans surprise, des roseraies.