Surnommée la « reine des citadelles », la citadelle de Lille est un ouvrage militaire de premier ordre conçu par Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (1633-1707). Établie sur la frontière de la Flandre, elle faisait partie d’une double ligne de places fortes entre Gravelines, Dunkerque et Maubeuge-Rocroi. Elle délimitait le fameux Pré carré, conçu par Vauban, comportant 28 villes fortifiées. Depuis Lille, Vauban a supervisé l’édification des nombreuses citadelles et canaux du Nord, lesquels ont structuré la frontière qui sépare toujours la France de la Belgique.

Édifiée sur ordre de Louis XIV – qui venait de conquérir la ville, à la suite de la guerre de Dévolution qui mit fin à la domination espagnole sur Lille – sa construction se déroula sur trois ans, de 1667 à 1670. À l’origine, c’est une petite ville entourée de cinq bastions, formant une étoile (circonvolution de 2 200 mètres). Bâtie sur un terrain marécageux, la Citadelle profitait d’un ingénieux système d’inondation de ses abords qui multipliait les obstacles au-devant de l’enceinte : fossés, tenailles et demi-lunes. Pour la construire, il a fallu cuire soixante millions de briques, extraire des carrières trois millions de blocs de pierre et soixante-dix mille pieds de grès.
Au centre de la citadelle, les bâtiments s’organisent autour de la place d’armes de forme pentagonale, destinée au rassemblement et aux exercices. L’ensemble des bâtiments présente un mélange entre le « style lillois » (influencé par l’héritage des Pays-Bas espagnols) et le goût classique français. Autour de la place d’armes, Vauban aménage des casernes qui forment un double rang destiné au logement des troupes. Chaque édifice se termine par un pavillon carré qui était réservé au logement des officiers.

À la gloire du Roi Soleil
L’arsenal, bâtiment en triple corps de logis dans lequel s’ouvre une porte encadrée de deux colonnes toscanes, est séparé de la cour centrale par un mur de briques. Les murs sont décorés de motifs royaux et du lion des Flandres.
La porte Royale, qui est fermée par un pont-levis à crémaillère, constitue le principal accès de la forteresse. Elle fait face à la ville et ses dimensions sont de 14,20 mètres en largeur et 15,50 mètres en hauteur. La porte est couronnée d’une inscription à la gloire du roi Soleil sur une plaque rectangulaire au-dessus du couloir d’entrée. Elle est surmontée par un cartouche monumental avec des décorations soignées faites de trophées militaires anciens, de guirlandes, des armes de France aux trois fleurs de lys surmontées de la couronne royale et du cordon du Saint-Esprit.
La porte Dauphine est la porte de secours de la Citadelle, permettant l’arrivée ou l’évacuation des renforts. Elle est tournée vers le sud-ouest, côté campagne, face à Lambersart. Elle était autrefois dotée d’un pont-levis. Au-dessus du passage central, le cartouche est décoré de guirlandes de feuillages et de trophées militaires. Sur le fronton est représenté le symbole du roi Soleil entouré par des décorations représentant la Guerre et les Arts. Lors de la Révolution française, l’emblème astral personnifiant Louis XIV fut détruit ; il n’a été restauré qu’après la Seconde Guerre mondiale.
La Citadelle de Lille est classée Monument historique et a fait l’objet d’une demande de classement au Patrimoine mondial de l’Unesco, pour l’heure refusée.
Aujourd’hui, le cœur de la Citadelle conserve un usage militaire : il héberge en effet le Corps de Réaction Rapide-France (CRR-Fr). Ce corps représente l’état-major opérationnel déployable de plus haut niveau dont dispose l’armée française. Quatorze nations alliées contribuent à cet état-major qui compte environ 450 militaires.
Le pourtour de l’ouvrage militaire, la « citadelle hors-les-murs », constitue un élément récréatif et paysager. Une partie du parc est occupée par des jeux pour enfants, une zone d’accueil et le parc zoologique de Lille. Un espace boisé de 60 hectares, appelé bois de Boulogne, entoure également la citadelle.
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