Le Sud-Ouest de la France est par excellence la terre des bastides puisqu’on en dénombre de plus de 300 sur une quinzaine de départements, parmi lesquels la Haute-Garonne n’est pas le moins bien pourvue. Entre Pyrénées et Lauragais, on en recense une quarantaine dont certaines particulièrement connues ou remarquables comme Revel, Saint-Félix-de-Lauragais, Villefranche-de-Lauragais, Grenade, Calmont, Montastruc-la-Conseillère, Montgeard ou encore Nailloux.

La dénomination « bastide » signifie « construction » en langue d’oc. Les bastides étaient donc des cités en construction puisqu’on peut les considérer comme des « villes nouvelles médiévales ». Elles sont particulièrement nombreuses dans le Lauragais, l’un des berceaux du catharisme. Cela a son importance puisqu’elles ont été bâties entre le début du XIIIe siècle – période de la croisade contre les Albigeois ou Cathares (1209-1229), considérés comme des hérétiques par l’Église catholique – et le milieu du XIVe siècle. À partir des années 1290, elles sont le plus souvent le symbole d’un pouvoir, religieux, comtal ou royal, qui veut imposer son autorité et contrôler ces territoires « rebelles » en implantant ces cités. C’est pour cela que, selon les époques, on parle de bastides ecclésiastiques, comtales, seigneuriales et, bien sûr, royales.
Les premières bastides furent fondées par Raimond VII, comte de Toulouse de 1222 à 1249. Avec son successeur Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis, il fut le plus actif dans ces édifications avec une quarantaine de bastides à son actif. Il s’agissait pour lui de restaurer son pouvoir sur le comté de Toulouse, coincé entre l’Aquitaine anglaise à l’ouest et le reste du Languedoc rattaché à la France par les traités de Paris de 1229 et 1259.
Lieux emblématiques et stratégiques
Parmi les bastides royales, on peut citer Alan, fondée par Philippe III, dit le Hardi, roi de France qui avait hérité du comté de Toulouse de son oncle Alphonse de Poitiers. Montgeard et Nailloux, deux communes voisines, deviennent des bastides en 1317 et 1318 sur volonté de Philippe V, dit le Long, roi de France et de Navarre de 1316 à sa mort en 1322. Ces sites emblématiques sont choisis pour établir des bastides, du fait qu’un siècle après la croisade contre les Albigeois, le catharisme n’a toujours pas disparu de ces contrées.
Nombre de bastides ont également été créées en vue d’exploiter ou de défricher une zone boisée et d’imposer ainsi la présence humaine dans des territoires reculés. En plus de leur rôle religieux, elles ont donc aussi une fonction économique importante. C’est pour cela que ces cités s’organisent généralement autour d’une place centrale à arcades où se dressent l’église et/ou la halle, deux des principaux lieux de l’activité humaine à l’époque. Elles se caractérisent le plus souvent par un plan en damiers où les rues se croisent à angle droit ou par leur forme circulaire qui rappellent qu’elles étaient ceintes de remparts protecteurs.

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Aujourd’hui, ces bastides conservent un patrimoine architectural et historique qui en font des villes et villages attractifs sur le plan touristique. Il en va ainsi de Revel, l’un des fleurons du Lauragais, bastide royale fondée en 1342 par le roi de France Philippe VI de Valois.
Saint-Felix-du-Lauragais avec sa place centrale, ses remparts, sa halle et ses maisons à colombages est aussi emblématique de cette conception urbaine. Son château fut le théâtre du premier concile cathare en 1167. Le village a vu également naître, en 1265, Guillaume de Nogaret, juriste de Philippe Le Bel. Pendant la Révolution, la cité fut rebaptisée Bellevue et l’on comprend pourquoi en la voyant de très loin perchée sur son promontoire dominant la plaine ondulée du Lauragais. Au côté de Saint-Felix-du-Lauragais, Grenade, cité située au confluent de la Save et de la Garonne et possédant une magnifique halle (l’une des plus anciennes de France) est l’une des plus belles bastides de la région. Néanmoins, il ne faudrait pas oublier, la bastide de Saint-Sulpice-sur-Lèze, l’une des plus jolies du département, située dans le Volvestre, cette région au sud de Toulouse qui fait le lien avec les Pyrénées. Fondée, elle aussi, au XIIIe siècle par Alphonse de Poitiers, elle doit sa prospérité à la commanderie de l’ordre des chevaliers de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. Blottie aujourd’hui dans un nid de verdure, avec sa halle, ses arcades et ses maisons à pans de bois, elle a traversé les siècles pour nous permettre d’admirer son patrimoine digne des plus belles bastides.
Enfin, les bastides rondes sont rares, mais la Haute-Garonne en compte une magnifique avec la petite ville de Martres-Tolosane, célèbre pour ses faïences, mais également pour sa forme circulaire. Elle est située dans la vallée de la Garonne, à une soixantaine de kilomètres de Toulouse, et mérite qu’on s’y attarde.

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