On pourrait l’imaginer gardée par quelque cerbère légendaire, tant cette porte sur le Vercors, percée dans le monumental rempart naturel du Mont Baret, évoque le passage redouté d’une quête fantastique.
C’est en réalité pour pouvoir passer la torrentielle Bourne qu’un pont, d’abord sommaire, y fut construit et renforcé plus tard. Les propriétaires de ce fief, les Béranger-Sassenage, s’en firent les défenseurs, donnant à la ville sa devise : « J’en ai la garde du pont. » Un passage bien utile aux paysans, qui l’empruntaient pour aller écouler leurs marchandises dans la plaine.

Stendhal, touriste précurseur
Pont-en-Royans fut surtout un haut lieu du commerce du bois, point de départ de la flottaison des grumes, impossible en amont, qui dégringolaient ainsi jusqu’à Beaucaire, dans le Gard. La rivière, ici, mérite le nom d’artère. Essentielle à la vie des Pontois, elle servait aussi bien de source d’énergie pour les petites industries, dont celle de la soie, qu’à l’écoulement des eaux usées ou à la pêche à la truite, pratiquée depuis les fameuses maisons suspendues, aux balcons en encorbellement, qui font la renommée du village. Stendhal, de passage dans la région en 1837, retiendra, dans ses Mémoires d’un touriste, la singularité de ces maisons construites aux XIIe siècle et sans doute antérieurement, non sans avoir dégusté une « excellente truite » pêchée dans la Bourne.

Une eau à tel point vitale qu’un musée lui est ici consacré, où en sont détaillés les bienfaits et où l’on raconte l’histoire de Pont-en-Royans, de la Bourne et du Vercors. Elle participe aussi de l’esthétique du lieu, en coulant en cascade près du pont Picard et sur la rive gauche de la Bourde. Une richesse et un décor naturel en harmonie avec les charmantes ruelles qui mèneront le visiteur au petit mais crucial pont Picard, aux vestiges de la porte de France, à la tour de l’Horloge, qui fut elle aussi une porte du village, à la place du Temple qui garde le souvenir des Huguenots qui trouvèrent refuge ici, ou encore à la place de la Corbeille qui recèle de nombreuses traces de la vie des aïeux des Pontois.
Pour prendre de la hauteur, on pourra, au départ du bourg, emprunter le parcours de randonnée jusqu’au belvédère des Trois Châteaux, où une table d’orientation permet de situer ces anciennes forteresses et, surtout, de contempler longuement le Royans et les gorges de la Bourne.














