La capitale du Pays de Hanau peut être fière de son prestigieux patrimoine. Bouxwiller est d’ailleurs la seule ville d’Alsace à bénéficier du label « Petite cité de caractère ». C’est amplement justifié, tant les rues étroites du centre médiéval ouvrent la voie à un véritable saut dans le temps. D’innombrables façades à colombages, des oriels (fenêtres à encorbellements) à vous donner un torticolis, des maisons de guingois qui semblent s’appuyer les unes sur les autres pour tenir debout… Avec près de vingt bâtiments classés Monument historique et une foule de détails croustillants, Bouxwiller a de quoi faire tourner la tête des amateurs de curiosités architecturales.

Des comtes sachant compter
Aussi étonnant que cela puisse paraître, toutes les grandes familles royales d’Europe, y compris la famille royale britannique, ont des liens de parenté avec les anciens seigneurs de Bouxwiller. Issue de la vieille noblesse alsacienne, la famille Lichtenberg obtient dès le XIIIe siècle le droit de construire des remparts et de tenir un marché. Lorsque le comte Jacques Ier, dit « le barbu », meurt sans héritier mâle en 1480, le fief est légué à ses nièces et devient l’apanage des sires de Hanau-Lichtenberg. En 1736, un judicieux mariage permet aux princes de Hesse-Darmstadt d’hériter de l’opulent domaine, composé de 19 villes et 260 villages de part et d’autre du Rhin. Les seigneurs de Bouxwiller étaient si fortunés qu’ils auraient pu s’offrir une cour princière. Mais, peut-être un peu radins sur les bords, ils auraient reculé devant les frais d’entretien jugés trop coûteux…
Sur la vaste place du Château, un édifice brille par son absence : le château en question ! Cette impressionnante forteresse ceinte de remparts, démontée pierre à pierre après la Révolution française, n’est plus qu’un lointain souvenir. Alors que le château, ses douves et ses jardins couvraient jadis plus de superficie que la ville elle-même, cette disparition laissa un grand vide, non seulement architectural, mais aussi économique. La présence d’une cour comtale générait un artisanat et un commerce florissant, dont la ville tirait d’importantes recettes. L’économie locale restera au point mort jusqu’à l’essor de l’exploitation minière et de l’industrie chimique au XIXe siècle.

Les chats momifiés de la mairie
La place du Château aligne malgré tout des bâtiments remarquables : la halle aux grains et la chapelle castrale qui accueillent l’incontournable musée du Pays de Hanau, le lycée au majestueux style wilhelmien ou encore l’élégante chancellerie devenue hôtel de ville. Cet édifice donne l’occasion d’apprendre une anecdote glaçante. Lors de la construction de l’hôtel de ville au XVIIe siècle, un couple de chats fut emmuré vivant afin de conjurer le sort. Leurs corps momifiés, retrouvés lors de travaux, sont exposés au musée du Pays de Hanau. Les griffes intactes et l’absence de griffures sur les murs laissent à penser que les chats avaient été endormis au préalable. La pratique reste néanmoins cruelle…
Le patrimoine religieux reflète la cohabitation des trois communautés qui ont forgé l’histoire de la ville : l’église luthérienne avec son orgue Silbermann, l’église catholique Saint-Léger avec sa tour du XIIe siècle et l’ancienne synagogue de la Grand’Rue, qui abrite désormais le Musée judéo-alsacien. En se promenant dans les ruelles pavées du vieux centre, force est de constater que certaines demeures ont bien besoin d’un coup de pouce pour traverser quelques siècles de plus. Devant ce défi, la municipalité s’investit dans la préservation du patrimoine public, mais aussi privé, en aidant les propriétaires de maisons classées à mener les travaux de rénovation. Bouxwiller veut mettre l’accent sur un tourisme qualitatif, permettant aux habitants et commerçants de pouvoir tirer leur épingle du jeu. Et puisque l’on parle de qualité, ne repartez surtout pas avant d’avoir goûté aux « charbons de Bouxwiller », ces délicieux chocolats pralinés dont le nom rend hommage au passé minier de la région.

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