Entre Garonne et Méditerranée
Au même titre que le château de Versailles, le canal du Midi est considéré comme l’une des réalisations majeures du règne de Louis XIV. C’est d’ailleurs un grand serviteur du royaume, Pierre-Paul Riquet qui a imaginé ce projet fou à l’époque. Né à Béziers, dans l’Hérault, en 1609, il fait toute sa carrière en tant que « gabellou », dans l’administration fiscale de l’époque. Devenu fermier général du Languedoc, il est responsable de la collecte de la gabelle, l’impôt sur le sel, pour l’ensemble de la région. Le projet d’un ouvrage reliant Atlantique et Méditerranée a été pensé dès l’Antiquité par les Romains, mais sans n’être jamais réalisé. Jusqu’au moment où Pierre-Paul Riquet, homme d’affaires avisé et entrepreneur ambitieux, convainc le roi Louis XIV et son ministre, contrôleur général des Finances, Jean-Baptiste Colbert, de financer le projet pharaonique : un canal de 240 kilomètres de long, de 10 à 20 mètres de large pour 2 mètres de profondeur, rattachant l’étang de Thau à l’est, près de Sète, à Toulouse à l’ouest, pour faire la jonction avec la Garonne et rejoindre l’océan Atlantique via Bordeaux.

Du commerce au tourisme
On l’appelle aussi le canal des Deux-Mers puisqu’il relie la Méditerranée à l’océan Atlantique via la Garonne, qui était un fleuve navigable à l’époque de sa construction. Navigable, mais irrégulier. La navigation était soumise aux aléas de la météo et aux caprices du fleuve. C’est pourquoi, au XIXe siècle, fut construit le canal dit « latéral à la Garonne », qui doublonne le fleuve entre Toulouse et Bordeaux.
Le canal du Midi fut achevé en 1681 après 14 ans de travaux et plusieurs années d’études et de plans prévisionnels, Pierre-Paul Riquet ayant présenté son projet à Colbert dès 1662. Sa réalisation a mobilisé jusqu’à 12 000 ouvriers et a coûté l’équivalent de 120 millions d’euros. Si la navigation commerciale, concurrencée par le rail puis le transport routier, a été abandonnée progressivement au XXe siècle, le canal du Midi est toujours utilisé pour le tourisme fluvial, plus de 350 ans après sa mise en service. Il a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO une première fois en 1996 pour sa voie navigable et son système d’alimentation hydraulique. À l’occasion de son 350e anniversaire célébré en 2016, ce classement a été élargi aux paysages du canal sur l’ensemble de son tracé, de Toulouse à la Méditerranée, avec les alignements de platanes si caractéristiques qui le bordent. Ces arbres sont magnifiques, mais menacés par la maladie du chancre coloré, qui les fait dépérir. Sur les quelque 42 000 platanes recensés, près de la moitié ont dû être abattus pour éviter la propagation de la maladie qui met en péril l’identité même du canal, puisqu’il faut les remplacer par d’autres espèces.
Le canal du Midi demeure un haut lieu du tourisme en Occitanie, que l’on peut découvrir, non seulement sur l’eau, mais aussi à vélo et à pied. En effet, l’ancien chemin de halage, qui servait autrefois pour tracter les embarcations, a été aménagé en piste cyclable et chemin de randonnée sur une grande partie du tracé, notamment sur son tronçon haut-garonnais.
Au cœur de trois départements
Le canal du Midi traverse trois départements : la Haute-Garonne à l’ouest, l’Aude dans sa partie centrale et l’Hérault dans sa partie orientale. En Haute-Garonne, il chemine sur près de 50 kilomètres entre la Garonne qu’il rejoint au cœur de Toulouse via l’allée de Brienne, et Avignonet-Lauragais, commune située entre Villefranche-de-Lauragais, haut lieu touristique en Haute-Garonne, et Castelnaudary, dans le département voisin de l’Aude.
Naurouze est le point culminant du canal à 194 m d’altitude. Il est le seuil de partage des eaux, entre la Méditerranée d’un côté et l’Atlantique de l’autre. Ce seuil est situé sur la commune de Montferrand, frontalière de la Haute-Garonne. Mais il est un point géographique crucial sans lequel le canal n’aurait pas pu voir le jour. Si Pierre-Paul Riquet, son concepteur, a pu convaincre Colbert de financer le projet c’est parce qu’il a résolu un problème considéré comme insoluble jusque-là : l’alimentation du canal en eau pour le rendre navigable sur toute sa longueur. Enfant du pays, il savait que la Montagne Noire, qui se dresse au nord du tracé, constitue un réservoir naturel en eau pour alimenter le canal. La construction du canal est une prouesse technique fabuleuse, mais son alimentation en eau est aussi une victoire pour Riquet, qui a imaginé une retenue d’eau alimentée par les petits cours d’eau, qui descendent de la Montagne Noire. Cette retenue d’eau se situe à Saint-Ferréol au-dessus de la commune de Revel, à la limite de l’Aude et de la Haute-Garonne. Canalisées jusqu’au seuil de Naurouze, ces eaux du réservoir de Saint-Ferréol alimentent le canal du Midi et lui permettent de conserver le même étiage, quelles que soient la saison ou les conditions météo !

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