Son nom a failli passer à la postérité. L’Histoire lui préfèrera celui de Joseph Ignace Guillotin… Il n’en reste pas moins qu’Antoine Louis, fils d’un chirurgien-major de l’hôpital militaire de Metz où il est né (1723-1792), est bel et bien le véritable inventeur de la guillotine. Faut-il d’ailleurs rappeler qu’à l’origine celle-ci portait le nom de « Louison » ou « Louisette » ?
Lorsque l’Assemblée le sollicita, Antoine Louis était professeur de physiologie et chirurgien de La Salpêtrière (où il voudra être enterré). Après avoir fait plusieurs campagnes en qualité d’aide, puis de chirurgien major de régiment, il fut deux fois prévôt des chirurgiens et deux fois couronné par l’Académie, dont il fut membre associé à 23 ans (1746). Il a participé à la rédaction de plusieurs volumes des mémoires de l’Académie royale des Sciences. Il a été pour Diderot un des précieux rédacteurs de l’Encyclopédie.
Antoine Louis fut pendant la guerre d’Allemagne, en 1761, chirurgien en chef des armées. Il sera également inspecteur général des hôpitaux militaires du Royaume et souvent appelé devant les tribunaux en tant qu’expert. Son rôle de médecin légiste fut crucial dans l’affaire Calas rendue célèbre par l’intervention de Voltaire. De 1765 à 1792, il fut secrétaire perpétuel de l’Académie royale de chirurgie.

La proposition de Guillotin
Survint la Révolution. Fin 1789, le médecin philanthrope et président du comité de salubrité à l’Assemblée constituante Joseph Ignace Guillotin (1738-1814) proposa que « les mêmes délits [soient] punis par le même genre de supplice, quels que soient le rang et l’état du coupable » et que « la décapitation [soit] le seul supplice adopté et qu’on [cherche] une machine qui [puisse] être substituée à la main du bourreau ». Anatomiste hostile aux supplices, mais non abolitionniste, il considérait cette méthode comme plus humaine que la pendaison ou la décapitation à l’aide d’une hache (il fallait parfois donner plusieurs coups).
Deux ans plus tard, le 6 octobre 1791, l’Assemblée législative vota une loi déclarant que « tout condamné à mort aura la tête tranchée ». Un appareil à lame horizontale fut testé à l’hospice de Bicêtre. Mais, en l’absence de plans précis, les essais s’arrêtèrent. L’année suivante, le bourreau Charles Sanson fut consulté. Selon lui, une « bonne décapitation » dépendait d’un facteur technique (excellente qualité de l’épée) et d’un facteur humain (bourreau « très adroit », « patient très ferme »). Son expertise revint à l’Assemblée constituante et au procureur général de Paris.
Antoine Louis fut alors sollicité. Ce spécialiste de l’anatomie humaine tint compte de « la structure du cou (…) » pour estimer « qu’il n’est pas possible d’être assuré d’une prompte et parfaite séparation en la confiant à un agent susceptible de varier en adresse par des causes morales et physiques, qu’il faut pour la certitude du procédé, qu’il dépende de moyens mécaniques invariables dont on puisse également déterminer la force et l’effet » (compte rendu à l’Assemblée nationale constituante du 7 mars 1792). Il s’inspirait de différents modèles construits en Europe notamment aux XVe et XVIe siècles en Italie (mannaia), Angleterre (Halifax gibet) ou en Écosse (Maiden), pour dessiner l’instrument.

La vengeance des journalistes
Le 17 mars, dans son Avis motivé sur le mode de décollation pour soutenir l’idéal médical de la mort instantanée et indolore, il prôna le « tranchant convexe » pour sectionner instantanément les vertèbres cervicales. Il estimait, en outre, qu’une machine à décapiter intimiderait le peuple. Convaincue, l’Assemblée constituante décréta (20 mars 1792) sa fabrication. Sous le contrôle du Messin, la réalisation de l’instrument fut confiée au facteur de clavecins prussien, établi à Paris, Tobias Schmidt, ami de Sanson. Le 17 avril 1792, dans la cour de l’hôpital général de Bicêtre, la machine fut testée avec des moutons vivants, puis avec trois cadavres de vagabonds morts sur la voie publique. Les essais furent concluants. Efficacité, rapidité, instantanéité : tous sont frappés par la « modernité mécanique » de la « Louisette ».
La machine répondait parfaitement aux idéaux de la réforme pénale (« humaniser la peine »). La machine, surnommée également le grand « rasoir national » ou la « veuve », ainsi que « la bascule à Charlot », sera finalement baptisée « guillotine » par les journalistes parlementaires, mécontents du docteur Guillotin qui, à l’Assemblée, en sa qualité de questeur, leur demandait de bien se tenir ! Le député protestera en vain.















